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Pourquoi demander l'autopsie de son compagnon

 

Nous avons voulu aborder un sujet délicat, celui de l'autopsie.

En effet, en tant qu'éleveurs nous avons tous été confronté au moins une fois à un décès subit, à des maladies avec des issues fatales, dont l'origine n'était pas claire ou des maladies qui nous ont forcé à prendre la décision de devoir faire euthanasier notre compagnon.

Cette décision n'est pas facile à prendre, ni pour l'éleveur ni pour le particulier.

Cependant, il est important lorsqu'il s'agit d'un chat de race de connaître l'origine ou la cause d'un mal qui aboutit à un décès ou à une issue irrémédiablement fatale pour l'animal.

Certaines pathologies se ressemblent quant aux symptômes et l'éleveur ne peut rester dans le doute des " on suppose que " s'il veut arriver à résoudre les éventuels problèmes de maladies dites "génétiquement transmissibles" sur certaines de ses lignées voire épidémie au sein de son élevage.

Ce document est à la fois pratique et technique afin que les particuliers, les éleveurs mais aussi les vétérinaires puissent obtenir les informations nécessaires sur ce sujet délicat.

Nous espérons que nous ne choquerons pas ceux qui vivent actuellement la perte d'un compagnon ou qui sont confrontés de près ou de loin par ce problème.

Notre but est d'informer un large public afin de qu'il se rende compte de l'importance d'une autopsie ainsi que de la préparation qui doit se faire autour. 

Pourquoi faire autopsier un chat ?


L’autopsie cherche à comprendre de quelle(s) maladie(s) souffrait un animal décédé où euthanasié. Le but est de déceler des anomalies ou des altérations morbides, permettant de poser un diagnostic.

Elle s’avère importante pour :

- dépister une maladie infectieuse qui pourrait mettre en danger d’autres individus (par exemple la présence d’une péritonite infectieuse féline)
- dépister une maladie transmise génétiquement * qui apparaîtrait de manière fréquente dans un race (nécessite l’autopsie de tous les individus décédés ou euthanasiés, ou tout au moins du plus grand nombre possible, et de connaître leur généalogie)
- dépister une maladie infectieuse transmissible à l’homme (zoonose)
- confirmer ou renforcer la suspicion clinique d’une maladie donnée, observée chez un
ou plusieurs individu(s)

(* notons qu’une autopsie classique ne permet pas de prouver que la cause d’une maladie est génétique. Cependant, dans le cas d’une maladie dont on sait que la cause est génétique, l’autopsie aide à mettre en évidence la présence de cette maladie).


Travail engendré par une autopsie

L’autopsie comporte deux parties principales :

1) un examen à l’œil nu du cadavre et des différents organes, suivant un protocole établi, en vue de déceler des altérations morbides et de juger si elles sont reliées entre elles,

2) une analyse microscopique des organes altérés, nécessitant une fixation de l’organe au formol 4%, l’inclusion d’une partie de celui-ci dans un bloque de paraffine, de confectionner une coupe très fine du tissu à l’aide d’un appareil spécial (microtome), de colorer la coupe et finalement de l’interpréter en l’observant au microscope. Cette procédure prend plusieurs jours.

Suivant les cas, des analyses supplémentaires peuvent s’avérer nécessaires (analyses bactériologiques, virologiques, parasitologiques).

La première partie demande en moyenne ½ à 1 heure de travail pour un vétérinaire, suivant la complexité du cas (jugement du cadavre et des organes, établissement d’un rapport).

La deuxième partie peut demander jusqu’à 2 heures de travail de laborantin/-tine pour la confection des coupes histologiques et 1 à 4 heures de travail d’un vétérinaire spécialisé, selon les difficultés et le nombre d’organes examinés ( coupe des organes, inclusion en paraffine, interprétation des coupes histologiques et établissement du rapport final),. S’ajoute à ceci les coûts du matériel utilisé et de son amortissement.


Par conséquent, une autopsie accompagnée d’analyse histologique est coûteuse
(entre CHF 250.- et 400.- selon le nombre de coupes histologiques nécessaire).

Comment pratiquer l’autopsie ?

L’autopsie doit être pratiquée le plus vite possible après la mort de l’animal. L’autolyse (dégradation spontanée des tissus après la mort) est un obstacle important à un examen pathologique performant. Plus la température externe est élevée, plus l’autolyse est rapide !

Vu la difficulté de transmettre rapidement un cadavre entier à un laboratoire spécialisé, l’autopsie peut être effectuée par un vétérinaire praticien qui prélèvera les organes modifiés. Ceux-ci seront fixé au formol 4% (100ml de formol commercial concentré (env.40%) dans 900ml d’eau du robinet ; idéalement, le volume de formol devrait être de 10 fois celui du tissu à fixer ; l’épaisseur des tissus ne doit pas excéder 1cm) et les enverra à un laboratoire spécialisé pour analyse.

Remarques

Pratiquer, mais surtout interpréter une autopsie correctement, prend du temps, nécessite de l’expérience et une formation complémentaire en pathologie.
L’animal entier doit être autopsié, selon un protocole établit. Sinon, la relation entre des lésions observées sur différents organes risque de ne pas être reconnue, ce qui peut rendre non concluant les résultats de l’autopsie.

Lors de la recherche d’une maladie particulière, plus les données cliniques sont étayées et précises, plus les résultats de l’autopsie seront probants (l’autopsie est orientée et approfondie de manière spécifique en fonction de la question clinique posée).

Questions pratiques

L’autopsie est-elle entravée lorsqu’on fait endormir son chat ?

Les barbituriques peuvent provoquer des congestions (foie, rate, poumons) et des œdèmes, il est donc nécessaire de savoir s’ils ont été utilisés afin d’interpréter correctement les lésions observées.

Que faire si le décès survient le week-end et qu’aucun vétérinaire n’est disponible ?

Dès que le cadavre est froid, le mettre dans un sac plastique fermé et le placer dans un réfrigérateur (2-8°C) ; ne pas le congeler. L’amener au plus vite le lundi matin au lieu d’autopsie, en le transportant dans une glacière. Dans ces conditions, l’autopsie est normalement encore praticable, dans des conditions acceptables jusqu’à 48h après le décès.

Autopsie et maladies particulières

Certaines maladies sont plus faciles à diagnostiquer que d’autres lors d’autopsies. Certaines entraînent des lésions tissulaires assez spécifiques, d’autres pas. Certaines peuvent être diagnostiquée par l’analyse histologique d’un seul organe, d’autres nécessitent l’analyse de plusieurs organes différents.
Finalement, une autopsie seule ne permet pas toujours de prouver la présence d’une maladie spécifique. Elle conduit parfois seulement à une suspicion. De plus un résultat d’autopsie négatif, ne permet pas d’exclure avec certitude une maladie recherchée (par exemple, certaines maladies n’engendrent pas d’altérations tissulaires décelables par une analyse microscopique, d’autres, à un stade précoce, ne montrent pas encore de lésions spécifiques).

Polykystose rénale

Le diagnostic pathologique nécessite une analyse microscopique des deux reins (des kystes de 0.2mm serait déjà visibles en microscopie) et d’autres organes qui présenteraient des kystes (par ex. le foie).

Organes nécessaires (fixés au formol), au minimum, pour le diagnostic : les deux reins, coupés en deux longitudinalement (les deux moitiés restant attachées par la capsule rénale) et tout organe présentant des kystes (tranches d’organes, passant à travers les kystes, épaisse au maximum d’1 cm).

Les organes doivent être accompagnés d’un rapport macroscopique d’autopsie et des données cliniques.


Cardiomyopathie hypertrophique

C’est une maladie difficile à diagnostiquer par l’examen pathologique, car les lésions engendrées sont variables, pour la plupart non spécifiques et pas toujours présentes. Le cœur doit être pesé et le poids de l’animal connu, l’autopsie du cœur doit être précise et dirigée en fonction des données échographiques et demande beaucoup d’expérience, les parois des cavités cardiaques doivent être mesurées, Plusieurs coupes histologiques sont nécessaires, ainsi que des colorations spéciales. Afin d’exclure d’autres maladies, plusieurs autres organes doivent être contrôlés au niveau histologique (poumon, rein, foie). Le diagnostic pathologique seul, sans données échographiques, ne conduit dans la plupart des cas, qu’à une suspicion de cette maladie. De plus, dans le stade précoce de cette maladie, un résultat pathologique négatif ne permet pas de d’exclure celle-ci.
Un diagnostique définitif n’est souvent possible qu’en comparant les résultats pathologiques aux données de l’échocardiographie et aux autres données cliniques, raison pour laquelle une anamnèse détaillée est indispensable.

Organes nécessaires (fixés au formol), au minimum, pour le diagnostic : le cœur en entier, avec le péricarde ouvert, mais encore attaché, les deux reins (coupés en deux longitudinalement, les deux moitiés restant attachées par la capsule rénale), un morceau de poumon et du foie (si des lésions macroscopiques sont présentes, prélever du tissu au travers de ces lésions)

Les organes doivent être accompagnés d’un rapport macroscopique d’autopsie détaillé, des données cliniques et échographiques si elles existent.


Autres maladies

Organes nécessaires (fixés au formol) : cœur et reins en entier (comme décrit ci-dessus, morceaux de poumon et de foie et tout autre(s) organe(s) modifié(s) ou supposer malade d’après les données cliniques.

Les organes doivent être accompagnés d’un rapport macroscopique d’autopsie et des données cliniques.

Nous remercions le Dr. Amberger pour nous avoir donné cet article.

Ce document, libre de tous droits, peu être utiliser en mentionnant qu'il a été établi par  Dr. Amberger à Genève